Des pistes pour améliorer la fiscalité des aînés salariés

« Plusieurs idées reçues, plutôt tenaces, font en sorte que plusieurs croient à tort qu’il n’est guère payant d’aller gagner un revenu de travail supplémentaire une fois à la retraite. Or, l’analyse de plusieurs cas types montre que la part conservée du revenu de travail gagné est plus importante que plusieurs l’anticipent », précise un rapport d’analyse.


PHOTO BRENT LEWIN, BLOOMBERG pour La Presse
PHOTO BRENT LEWIN, BLOOMBERG pour La Presse

Source: MARTIN VALLIÈRES | La Presse

Travailler avec salaire après l’âge de la retraite n’a jamais été aussi avantageux financièrement. Mais il y a moyen de faire encore mieux, selon une étude de la Chaire de recherche en fiscalité de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke (UDS).

« Plusieurs idées reçues, plutôt tenaces, font en sorte que plusieurs croient à tort qu’il n’est guère payant d’aller gagner un revenu de travail supplémentaire une fois à la retraite. Or, l’analyse de plusieurs cas types montre que la part conservée du revenu de travail gagné est plus importante que plusieurs l’anticipent », écrivent Luc Godbout et Suzie St-Cerny, professeur et chercheuse en fiscalité et finances publiques à l’UDS, dans leur rapport d’analyse.

« Certains [retraités] avancent qu’ils devront payer plus d’impôt ou de cotisations s’ils travaillent, ou encore que le travail leur [fera] perdre des prestations de rentes publiques ou d’autres mesures fiscales. Même s’ils n’ont pas entièrement tort, ils sous-estiment le fait que les gouvernements, tant au fédéral que du Québec, ont réagi ces dernières années pour accroître l’incitation au travail des travailleurs d’expérience. »

Accroître son niveau de vie de 33 %

« Le gouvernement fédéral a modifié le SRG [supplément de revenu garanti] afin d’exempter une plus large part du revenu de travail gagné. Du côté de Québec, l’ajout d’un revenu de travail a l’avantage de permettre l’utilisation du crédit d’impôt pour prolongation de carrière ainsi que la déduction fiscale pour revenu de travail », signalent les chercheurs Luc Godbout et Suzie St-Cerny.

Par conséquent, « malgré les idées reçues, c’est souvent pour les contribuables aînés ayant de faibles revenus de retraite que le revenu additionnel de travail peut avoir le plus d’impact [haussier] sur le niveau de vie ».

Luc Godbout et Suzie St-Cerny citent l’exemple d’un contribuable aîné à faible revenu qui ne bénéficie que des rentes publiques (PSV et SRG fédérales, RRQ québécoise), et qui gagne un revenu de travail de 10 000 $ par an.

« Il conservera non seulement près [des] trois quarts de ce revenu de travail, mais il verra aussi son niveau de vie s’accroître de près de 33 %, ce n’est pas rien en situation de faible revenu », expliquent-ils.

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE Luc Godbout, professeur en fiscalité et finances publiques à l’Université de Sherbrooke
PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE | Luc Godbout, professeur en fiscalité et finances publiques à l’Université de Sherbrooke

Cela dit, tout n’est pas au mieux quant aux avantages fiscaux et financiers d’un aîné et retraité qui demeure en emploi rémunéré, soulignent Luc Godbout et Suzie St-Cerny dans leur étude.

La bonification de certaines mesures fiscales permettrait de rehausser l’attrait financier d’une continuité d’emploi rémunéré parmi les aînés à l’âge de la retraite.

Propositions gagnantes

C’est ainsi que les chercheurs formulent quatre propositions aux gouvernants en matière de fiscalité et de finances publiques afin de permettre aux travailleurs aînés de « rehausser la part conservée de leur revenu de travail après la retraite ».

– Rendre facultatives les cotisations au Régime de rentes du Québec (RRQ) après 65 ans

« À l’instar du Régime de pensions du Canada [RPC, hors Québec], le RRQ devrait offrir le choix à un travailleur cotisant âgé de 65 ans et plus de cesser ou de continuer à cotiser au régime sur son revenu de travail. En contrepartie, s’il n’y a plus de cotisations au RRQ, le travail rémunéré n’ouvrirait plus le droit à un supplément de rente. »

– Rendre remboursable le crédit d’impôt du Québec pour prolongation de carrière

« Depuis sa mise en place, et les bonifications subséquentes, le crédit d’impôt du Québec pour la prolongation de carrière a contribué à la hausse du taux d’emploi des 60 ans et plus. Rendre ce crédit remboursable permettrait d’ajouter un incitatif financier aux travailleurs aînés à faibles revenus qui sont peu ou pas imposables. »

– Mise en place d’un crédit d’impôt fédéral pour prolongation de carrière

« Dans sa plateforme électorale 2021, le Parti libéral du Canada s’est engagé à mettre en place un crédit d’impôt similaire (CIPC fédéral) à celui du Québec. Selon ces mêmes paramètres que le crédit du Québec, l’ajout d’un CIPC fédéral augmenterait le taux de conservation [de revenu après impôt et cotisations] des travailleurs aînés de l’ordre de 4,8 % à 6,9 %, selon leur niveau de revenus. »

– Exclure des revenus de travail dans le calcul de la récupération de la PSV fédérale (Pension de sécurité de la vieillesse)

« L’idée ici serait d’ajuster le taux de récupération de la PSV des Canadiens âgés de 65 ans et plus afin qu’ils soient moins pénalisés quand ils gagnent un revenu d’emploi après leur admissibilité aux rentes publiques. Par exemple, en excluant du calcul de la récupération de la PSV jusqu’à 35 000 $ de revenu de travail, on se retrouverait à un niveau de revenu de travail admissible qui serait similaire à celui du crédit d’impôt sur la prolongation de carrière. »

Article publié par La Presse, le 14 juillet 2022


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