top of page

Ce qui distingue les femmes à haut potentiel intellectuel

Dernière mise à jour : 17 oct. 2022

Elles sont plus nombreuses qu’on ne le croit, et portent une singularité parfois inconnue d’elles-mêmes.

Photo: Getty Images pour Harvard Business Review
Photo: Getty Images pour Harvard Business Review France

Source: Harvard Business Review France | Sabrina Menasria

Un mode de fonctionnement atypique et très intense, qui ne laisse jamais indifférentes les personnes qui les croisent. Quelles sont donc ces caractéristiques qui distinguent les femmes qu’on dit à haut potentiel intellectuel ?


« Je ne peux pas m’empêcher de penser différemment, je ne prends jamais ce qu’on me dit pour acquis. Quand une problématique m’interpelle, je dois la creuser jusqu’à ce je la résolve. » Sylvie, 60 ans, est surdouée. Un type de profils qu’a beaucoup étudié un psychiatre polonais du 20e siècle, Kazimierz Dabrowski. Ses études l’ont mené à définir 5 grands domaines d’hyperexcitabilités (intellectuelle, émotionnelle, sensitive, créative et psychomotrice), sur lesquels certains individus réagiraient avec une intensité bien plus élevée que la moyenne. Une excitabilité hors norme, qui a pour effet de ressentir les stimuli internes ou externes avec plus d’intensité, et d’y répondre de manière amplifiée. Avec pour conséquence positive de générer un fort degré d’enthousiasme et une volonté accrue, mais possiblement de la souffrance et une difficulté à gérer un si haut niveau d’énergie. C’est d’ailleurs là que se situe tout l’enjeu de l’équilibre pour les femmes HPI : parvenir à canaliser leur énergie en l’orientant efficacement.


C’est cette hyperexcitabilité intellectuelle qui va pousser Sylvie à s’investir et à creuser sans fin un sujet, peinant parfois à trouver le bouton off. « C’est épuisant, je n’arrive pas à empêcher mon cerveau de tourner. Le pire, c’est que je fatigue les autres parce que je ne sais pas lâcher prise sur un sujet non résolu ». Un épuisement mental qui touche plus souvent les femmes, plus investies dans leurs activités. Dans le domaine professionnel, cette surstimulation intellectuelle peut aussi agacer : « Ça surprend toujours quand je trouve la solution, et je me retrouve face à deux types de réaction : ceux que ça énerve parce que j’ai soulevé la poussière sous le tapis et ceux qui sont contents que le problème soit enfin mis en lumière. J’ai l’impression d’être une machine à détecter les imposteurs, et du coup, je leur fais peur et ils me prennent en grippe. Je peux vite devenir leur « tête de Turc » ».


En effet, les femmes HPI n’hésitent pas à discuter le statu quo et à challenger la norme en vigueur, si cela leur semble opportun et juste. Leur quête de compréhension ne s’arrête pas aux silos et aux enjeux de politique interne, qui passent bien souvent au second plan. Elles cherchent à comprendre avec objectivité, et pensent que cette quête de vérité leur octroie une légitimité à avancer. Or elles peuvent se retrouver, sans le savoir, dans des toiles politiques qui peuvent leur porter préjudice, et générer un épuisement intellectuel et émotionnel.


Une sensibilité hors norme

De nombreuses études ont révélé des différences entre hommes et femmes HPI, principalement dans le domaine sensitif et émotionnel. Cela a pour effet une plus grande porosité aux émotions qui les entourent et une intégration inconsciente de signaux faibles peu visibles par d’autres dans leur grille d’analyse. Cette plus grande considération de l’humain dans leur prises de décision en fait des individus profondément empathiques, avec une grande capacité d’écoute et d’accompagnement des personnes qui les sollicitent. En entreprise, lorsqu’elles sont parvenues à dépasser leur biais de contrôle intellectuel des situations et qu’elles comprennent que les autres n’ont pas le même fonctionnement singulier qu’elles, ces femmes sont souvent des managers appréciés qui comprennent et développent les équipes. « Je me rends compte que je me bats plus pour mes équipes que pour moi-même, je défends plus leurs augmentations que les miennes ! », remarque Clémence, 38 ans, qui a décidé d’entamer un travail pour se remettre au centre de ses préoccupations car son « sens de l’autre » exacerbé l’a poussée à trop s’oublier. « J’apprends aussi à être empathique et indulgente envers moi-même, et ce n’est vraiment pas simple ».


En s’impliquant plus que de raison, elles sont aussi plus souvent sujettes au burnout. Questionnement permanent et hypersensibilité peuvent faire mauvais ménage lorsque cela enclenche une machine infernale : traiter tous les dossiers rapidement, intégrer toujours plus d’informations et trouver toujours plus de solutions. Une intensité et un investissement énergétique importants, qui peuvent mener à l’épuisement quand les priorités sont mal établies : « Je n’ai pas besoin qu’on me stimule, j’ai un moteur interne qui fonctionne tout seul, explique Anne-Lise, qui a vécu un burnout conséquent. Mon manager ne filtrait rien, il m’en donnait toujours plus car il avait perçu ma soif d’apprendre. Quand il me critiquait, cela me faisait travailler encore plus pour le satisfaire. Je n’en pouvais plus mais je ne savais pas comment m’arrêter. » Anne-Lise évoque la difficulté qu’elle avait à exprimer ses difficultés à son manager. Bien souvent, ces derniers sont insuffisamment formés à la détection de ces profils intenses et à la prévention de leur tendance au burnout. Les sur-stimuler est souvent inutile, l’attention doit surtout être portée à l’équilibre, la bienveillance et la priorisation des demandes.


Un potentiel créatif souvent sous employé

Lorsque l’on parle de Haut Potentiel Intellectuel (HPI), on évoque rarement le potentiel créatif de ces profils. C’est pourtant un domaine d’hyperexcitabilité dans lequel ils excellent et qui les distingue fortement. Les femmes HPI elles-mêmes n’ont parfois pas conscience de ce talent pourtant certaines études, dont celle de Candace Gross et Kelly Jamieson parue en 2007, montrent qu’elles sont plus créatives que leur collègues masculins. Peut-être parce qu’elles se sont trop adaptées aux attentes d’une société qu’elles ont très bien comprise. Et en se nivelant par le bas, elles ont parfois mis de côté leur potentiel imaginatif et leur capacité à penser « out of the box ». Un talent créatif, mais pas forcément artistique, qui peut s’exprimer dans de nombreux domaines. « J’adore l’exercice de la page blanche sur laquelle il faut créer quelque chose de nouveau. Mon esprit s’agite, je pars dans tous les sens parce que je sens que tout est possible ». Lorsqu’elle évoque cette expérience, le regard de Sylvie pétille, on ressent aisément le plaisir et la joie que cela lui procure. Elle n’a pas peur de l’inconnu que suscite la nouveauté, même si elle évoque également la crainte de « se tromper et d’être jugée». Le fameux regard de l’autre, qui revient souvent lorsqu’on est porteur d’une différence même cognitive, et qui peut être un frein à l’émergence d’un potentiel qui peut faire peur, surtout dans des domaines peu habitués à être bousculés par des idées nouvelles.


Car lorsqu’elles innovent, les femmes HPI le font avec une vision globale et systémique. Cela les rend promptes à trouver des solutions nouvelles à des problématiques complexes car elles sont curieuses, avides d’apprentissage et volontaires. Lorsqu’un sujet leur permet d’exprimer tout cela à la fois, cela active tous leurs talents. Elles peuvent alors allumer leur capteurs sensoriels et émotionnels pour récolter toutes sortes d’informations, et les coupler à un moteur analytique puissant permettant de rationaliser le potentiel d’implémentation des solutions trouvées. Une créativité pragmatique en quelque sorte, assortie d’une intuition très développée qui leur permet de construire une vision inédite.


Ces nouvelles compétences, appelées « mad skills » ou disruptives, étaient jadis craintes. On leur préférait alors les « hard skills », plus concrètes et rassurantes. Or le contexte incertain dans lequel nous évoluons – la crise sanitaire récente le rappelle – appelle à plus d’ouverture, qui est elle-même indispensable à de nouveaux modes de fonctionnement et à une plus grande diversité cognitive, dont l’empathie et la créativité. Les solutions de demain ne résideront pas dans la reproduction d’un passé révolu, mais bien dans la capacité à capter les signaux faibles et à prendre en compte, en temps réel, de nouveaux éléments pour définir la meilleure solution qui s’impose dans l’instant. L’approche devra être aussi inédite que le contexte l’est lui-même. Et ce n’est pas un hasard si la phrase que redoute le plus Anne-Lise est : « On a toujours fait comme ça ». Car les femmes HPI portent probablement en elles la clef de résolution de problématiques futures déjà engendrées par notre présent. A condition, toutefois, qu’on les y autorise.


 

What distinguishes women with high intellectual potential

They are more than we think, and carry a singularity sometimes unknown to themselves.

Photo: Getty Images for Harvard Business Review France
Photo: Getty Images for Harvard Business Review France

Source: Harvard Business Review France | Sabrina Menasria

An atypical and very intense mode of operation, which never leaves indifferent the people who meet them. So what are these characteristics that distinguish women who are said to have high intellectual potential?


“I can't help but think differently, I never take what I'm told for granted. When a problem challenges me, I have to dig into it until I solve it. Sylvie, 60, is gifted. A type of profile that a 20th century Polish psychiatrist, Kazimierz Dabrowski, studied extensively. His studies led him to define 5 major areas of hypersensitivity (intellectual, emotional, sensitive, creative and psychomotor), on which some individuals would react with a much higher intensity than the average. An extraordinary excitability, which has the effect of feeling internal or external stimuli with more intensity, and responding to them in an amplified way. With the positive consequence of generating a high degree of enthusiasm and an increased will, but possibly suffering and a difficulty in managing such a high level of energy. This is also where the challenge of balance lies for HIP women: managing to channel their energy by directing it effectively.



It is this intellectual hyperexcitability that will push Sylvie to invest herself and to endlessly dig into a subject, sometimes struggling to find the off button. “It's exhausting, I can't stop my brain from spinning. The worst thing is that I tire others because I don't know how to let go of an unresolved subject”. Mental exhaustion that affects women more often, more invested in their activities. In the professional field, this intellectual overstimulation can also be annoying: "It always surprises me when I find the solution, and I find myself faced with two types of reaction: those who are irritated because I have raised dust under the carpet and those who are happy that the problem is finally brought to light. I feel like a machine to detect imposters, and suddenly, I scare them and they take a dislike to me. I can quickly become their scapegoat.


Indeed, HIP women do not hesitate to discuss the status quo and to challenge the current norm, if it seems appropriate and fair to them. Their quest for understanding does not stop at silos and internal political issues, which often take a back seat. They seek to understand with objectivity, and believe that this quest for truth gives them legitimacy to move forward. However, they can find themselves, without knowing it, in political webs that can harm them, and generate intellectual and emotional exhaustion.


Outstanding sensitivity

Numerous studies have revealed differences between men and women with HIP, mainly in the sensory and emotional domain . This has the effect of greater porosity to the emotions that surround them and an unconscious integration of weak signals that are not very visible to others in their analysis grid. This greater consideration of humans in their decision-making makes them deeply empathetic individuals, with a great ability to listen and support people who request them. In business, when they have managed to overcome their bias of intellectual control of situations and when they understand that others do not have the same singular functioning as them, these women are often appreciated managers who understand and develop teams. “I realize that I fight more for my teams than for myself, I defend their increases more than mine! says Clémence, 38, who decided to start working on putting herself back at the center of her concerns because her exacerbated “sense of the other” pushed her to forget herself too much. "I'm also learning to be empathetic and forgiving of myself, and it's really not easy."


By getting more involved than necessary, they are also more often subject to burnout. Constant questioning and hypersensitivity can go hand in hand when this triggers an infernal machine: processing all files quickly, integrating ever more information and finding ever more solutions. Significant energy intensity and investment, which can lead to exhaustion when priorities are poorly established: "I don't need anyone to stimulate me, I have an internal engine that works on its own, explains Anne-Lise , who experienced a significant burnout. My manager did not filter anything, he always gave me more because he had perceived my thirst for learning. When he criticized me, it made me work even harder to satisfy him. I couldn't take it anymore but I didn't know how to stop. Anne-Lise talks about the difficulty she had in expressing her difficulties to her manager. Very often, the latter are insufficiently trained in the detection of these intense profiles and the prevention of their tendency to burnout. Over-stimulating them is often useless, attention must above all be paid to balance, benevolence and the prioritization of requests.


Creative potential often underutilized

Because when they innovate, HI women do so with a global and systemic vision. This makes them quick to find new solutions to complex problems because they are curious, eager to learn and willing. When a subject allows them to express all of these at once, it activates all of their talents. They can then turn on their sensory and emotional sensors to collect all kinds of information, and couple them to a powerful analytical engine to rationalize the implementation potential of the solutions found. A pragmatic creativity in a way, combined with a highly developed intuition that allows them to construct an unprecedented vision.think “out of the box”. A creative talent, but not necessarily artistic, which can be expressed in many areas. “I love the exercise of the blank page on which you have to create something new. My mind is agitated, I go in all directions because I feel that everything is possible”. When she talks about this experience, Sylvie's gaze sparkles, one can easily feel the pleasure and joy it gives her. She is not afraid of the unknown brought about by novelty, even if she also evokes the fear of “making mistakes and being judged”.


The famous gaze of the other, which often comes up when one is the bearer of a difference, even cognitive, and which can be a brake on the emergence of a potential which can be frightening, especially in areas unaccustomed to being challenged by new ideas. Sylvie's gaze sparkles, you can easily feel the pleasure and joy it gives her. She is not afraid of the unknown brought about by novelty, even if she also evokes the fear of “making mistakes and being judged”. The famous gaze of the other, which often comes up when one is the bearer of a difference, even cognitive, and which can be a brake on the emergence of a potential which can be frightening, especially in areas unaccustomed to being challenged by new ideas. Sylvie's gaze sparkles, you can easily feel the pleasure and joy it gives her. She is not afraid of the unknown brought about by novelty, even if she also evokes the fear of “making mistakes and being judged”. The famous gaze of the other, which often comes up when one is the bearer of a difference, even cognitive, and which can be a brake on the emergence of a potential which can be frightening, especially in areas unaccustomed to being challenged by new ideas.


Because when they innovate, HIP women do so with a global and systemic vision. This makes them quick to find new solutions to complex problems because they are curious, eager to learn and willing. When a subject allows them to express all of these at once, it activates all of their talents. They can then turn on their sensory and emotional sensors to collect all kinds of information, and couple them to a powerful analytical engine to rationalize the implementation potential of the solutions found. A pragmatic creativity in a way, combined with a highly developed intuition that allows them to construct an unprecedented vision.


These new skills, called "mad skills" or disruptive, were once feared. We then preferred “hard skills”, which were more concrete and reassuring. However, the uncertain context in which we are evolving – the recent health crisis reminds us – calls for more openness, which is itself essential for new modes of operation and greater cognitive diversity, including empathy and creativity. Tomorrow's solutions will not reside in the reproduction of a bygone past, but in the ability to pick up weak signals and take into account, in real time, new elements to define the best solution that is needed in the instant. The approach should be as innovative as the context itself. And it's no coincidence that the expression that Anne-Lise dreads the most is: "We've always done it that way." Because HIP women probably carry within them the key to solving future problems already generated by our present. Provided, however, that they are authorized to do so.

Comentarios


Abonnez-vous à notre blogue • Restez informé

Merci de vous abonner

bottom of page